Châteauneuf-du-Pape, des vins sous bonne garde


Pierre Thomas

Châteauneuf-du-Pape occupe une place à part dans les vignobles de la vallée du Rhône. Son origine remonte sans doute au XIe siècle, mais sa gloire est due à l'installation éphémère du Saint-Siège catholique, et notamment au pape Jean XXII (1316-1334).

Sa réputation, l'endroit l'a maintenu au cours des siècles. Constitués en syndicat dès 1923, les vignerons ont obtenu leur appellation d'origine contrôlée (AOC), parmi les premiers en France, en mai 1936. Figurant parmi les 16 crus de la vallée du Rhône, ce vin ne peut pas être déclassé en côtes-du-rhône, mais en vin de table. Cette volonté d'excellence implique des règles strictes, comme une production maximale de 35 hl/ha, la vendange manuelle - et donc machine à vendanger proscrite -, l'obligation du tri des raisins et l'interdiction de la chaptalisation, sauf pour les blancs. Le rosé, lui, n'existe pas, et est laissé à l'AOC voisine, Tavel - qui ne produit du reste que du rosé ! En 2013, une année plus froide, où le grenache (75 % de l'encépagement) a souffert de «coulure» au printemps, pour une récolte de 8,2 millions de litres (26 hl/ha), il s'est vendu davantage que la production, soit l'équivalent de 13,5 millions de bouteilles.

Règlementé et libre à la fois

Bien que très détaillé, le cahier des charges laisse un vaste espace de liberté: au contraire de la plupart des côtes-du-rhône, on peut y faire soit un vin en monocépage (le plus souvent en grenache), soit avec une combinaison de trois ou quatre variétés, voire davantage, parmi les 13 autorisées. Ces treize-là sont, en fait, 18, si on compte le grenache et le picpoul, en blanc et en gris, en plus du noir, et la clairette rose, en plus de la blanche.

La grande variété des sols, sur 3200 hectares autour du bourg et de son château en ruines, est une autre caractéristique. Il y a, bien sûr, le légendaire plateau des «terrasses villafranchiennes», faites de plus ou moins gros «galets roulés» de provenance alpine, déposés sur de la molasse marine ou du calcaire, et mêlés à de l'argile rouge. Ces cailloux restituent la nuit la chaleur emmagasinée le jour, un phénomène appelé en provençal «caïau frejaü». Mais il y a aussi des sols de sable et de grès. Le tout charrié en alluvions par le Rhône ou érodés au fil des millénaires. Le mistral assure la sécheresse d'un climat méditerranéen, caractérisé par des étés très chauds, et des pluies au printemps et en automne.